« Le versant animal »
de Jean-Christophe Bailly ( Le rayon des curiosités, éd. Bayard - 2007).
Le petit ouvrage que vient de publier Jean-Christophe Bailly est tout simplement éblouissant. Par la manière dont il introduit son propos. Par l'érudition dont il fait preuve ( l'auteur a publié de nombreux livres où les genres s'entrecroisent, essai, poésie, peinture, récit et nous fournit des références dans tous ces domaines) ; par la pensée novatrice qu'il propose, en guise de réflexion sur notre rapport au monde animal, loin de tout anthropomorphisme. | ![]() |
Jean-Christophe Bailly décrit ainsi « ce côtoiement toujours singulier, toujours fait de touches, qui est entre eux et nous le mode régulier du lien, quelque chose d'à peine lié, de toujours survenant ».
L'animal n'est pas pris ici comme un objet d'études, un motif allégorique ou mythique, « il est ou pourrait être lui-même quelque chose comme une pensée » et l'auteur de citer la huitième des Elégies de Duino « il arrive qu'un animal muet lève les yeux, nous traversant de son calme regard ». Et ce regard va au-delà de nous parce que « la créature de tous ses yeux voit l'ouvert » (Rilke). Il y a dans ce mouvement un seuil entre l'homme et l'animal qui fait que nous éprouvons le sentiment d'être en face « d'une force inconnue à la fois suppliante et calme et qui nous traverse », une autre forme de pensée.
Le propos de l'auteur est de sortir de l'exclusivité humaine, d'en finir avec l'homme mis au sommet de la création : « le monde où nous vivons est regardé par d'autres êtres, il y a un partage du visible entre les créatures ». Et rejoignant Jacques Derrida et son ouvrage : L'animal que donc je suis , il préconise une politique à inventer s'il n'est pas déjà trop tard.
Un livre salutaire, à découvrir d'urgence, qui acte la ressource d'une amitié sacrée avec l'animal, et qui refonde la totalité de notre rapport au monde.
Anne-Marie Sabatier-Couret
Par Médiathèque, Mercredi 16 Janvier 2008 à 16:53 GMT+2 dans Coup de coeur (article, RSS)




